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Archiscopie # 19 / Juillet 2019

Archiscopie # 19 / Juillet 2019

Passage au vert - Telle une jungle il envahit l'espace médiatique. Le sujet de la ville-nature, avec son cortège de bâtiments végétalisés, revient en boucle au moindre épisode caniculaire. La priorité absolue est la lutte contre le réchauffement climatique et les "îlots de chaleur" qui rendent nos métropoles irrespirables.

Les exemples asiatiques, à l'image des édifices ?verts? de Ken Yeang en Malaisie, apparaîtraient comme des pistes à suivre. L'heure n?est plus tant aux perspectives, tracés et parcs conceptuels qu'aux forêts urbaines, corridors verts et autres axes écologiques? La Ville de Bordeaux, par exemple, a décidé de replanter 20?000 arbres d?ici 2025 et Grenoble a commencé à planter en masse : 15?000 arbres à l?horizon 2030.
Ces stratégies de refroidissement croisent celles de la production agricole et maraîchère.

On se souvient qu'Ildefons Cerdà, le père de la Barcelone moderne, avait préconisé en son temps, dans sa théorie sur l?urbanisation, de "ruraliser la ville". Un siècle et demi après, la question de l'agriculture urbaine est venue effectivement s'inviter dans le débat sur la métropole contemporaine. Le potager dépasse aujourd?hui la seule configuration du jardin ouvrier ; il occupe les esprits et les toits de la ville et bientôt jusqu'à celui de la tour Montparnasse.

Les artistes ont souvent une longueur d'avance. Robert Smithson, le pape du Land Art, avait imaginé en 1970 Floating Island, un morceau de nature sur une barge. Le projet poétique a pris forme plus tard lorsqu?un remorqueur a mis ce paysage en mouvement sur l?Hudson. Dans son sillage, une autre artiste, Mary Mattingly, a lancé ?Swale? en 2016, un projet participatif pour un grand potager flottant, toujours à New York.
En France, Patrick Blanc, militant de la biodiversité, a exploré depuis longtemps cette voie verte en ville avec une série de murs végétaux, opportunités d'exceptionnelles collaborations avec Jean Nouvel à Paris ou Herzog & de Meuron à Madrid. Et l'un des meilleurs exemples de nature "sauvage" est conservé à Paris, au c?ur de la Bibliothèque nationale de France : c'est le fruit d?une greffe ambitieuse réalisée par Dominique Perrault et qui tient depuis un quart de siècle.
Après son iconique Bosco Verticale à Milan, Stefano Boeri poursuit une expérimentation en matière climatique avec ?Fiume verde?, réflexion sur la requalification urbaine par reforestation à l?échelle d?un territoire de 45 km. En attendant la mise en application de ce projet, la capitale lombarde a opté pour le nouveau projet de l?OMA (avec Laboratorio Permanente) pour la reconversion de deux friches ferroviaires, qui donneront naissance à deux parcs conçus comme des "filtres écologiques".

Les lieux de mobilité se révèlent ainsi propices aux retournements de situation ; déjà en 2011, Madrid avait lancé un signal fort en enterrant une autoroute afin d'engager la reconquête des berges de la rivière Manzanares avec la réalisation d'un grand parc de 429 hectares. Aujourd?hui, il faut regarder du côté de Taïwan où, sur les traces du célèbre aéroport de Tempelhof de Berlin, un terrain d'aviation désaffecté à Taichung a été transformé en parc écologique par Philippe Rahm et Catherine Mosbach. Dans ce Central Park oriental, le public trouve une sorte de "musée du réchauffement climatique". Signe des temps !


Format
167 x 240
Année
2019
Pages
128
Editeur
CITÉ DE L'ARCHITECTURE
  • 12,50 €

Quantité



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