Le Corbusier et la couleur

Chez Le Corbusier la couleur obéit a son approche de la synthèse des arts, à sa conception synesthésique des rapports entre l'expérience vécue-les émotions-et les différentes dimensions du réel : formes, couleurs, sons...

L'invention du Purisme (un cubisme constructif) avec Amédée Ozenfant à la fin des années 1910, s'accompagne de la mise au point de trois gammes de couleur :

  • La grande gamme puriste décline des "couleurs constructives" qui s'inspirent de celles de la nature : terres d'ombre, verts, bleus du ciel et de la mer, ocre rouge et aussi le noir et le blanc pour traiter la lumière.
  • La gamme dynamique permet d'introduire en contrepoint des éléments de perturbation : jaune citron, orange, vermillon, vert véronèse, bleu de colbalt clair, ocre jaune.
  • La gamme de transition se réfère à des couleurs non constructives, qui ont des propriétés de "teinture" : vert émeraude, carmins...

Pour l'architecte la couleur participe de la construction de l'espace. Appliqué sur un mur le noir le fait avancer, le bleu le fait reculer, le rouge le "fixe" en affirmant sa situation exact et le jaune "le détruit".

À deux reprises, en 1931 (43 couleurs) et en 1957 (20 couleurs), une société suisse de fabrication de papiers peints, SALUBRA, commande à Le Corbusier la constitution de deux collections d'échantillons de couleur. Le Corbusier invente alors la notion de "clavier de couleur". Des catalogues munis de "lunettes spéciales" permettent d'isoler deux ou trois couleurs assorties pour les mettre en rapport avec les couleurs de base des murs, plafonds et planchers.

Depuis ses premières expériences pour la maison-galerie La Roche Jeanneret (1923-1925) jusqu'à l'oeuvre d'après-guerre avec par exemple l'Unité d'habitation de Marseille (1947-1952) la couleur sera utilisée par Le Corbusier pour faire de son architecture une machine à émouvoir...