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Archiscopie # 24 /  HIVER 2021

Archiscopie # 24 / HIVER 2021

Éditorial

Une affaire de chapelles - On dit souvent que le monde de l'architecture est une affaire de chapelles. Il fut un temps, en effet, où il fallait absolument choisir son camp. Déjà, entre celui du patrimoine et celui de la modernité. Dans le second cas, il s'agissait alors de se positionner comme moderne ou postmoderne, néomoderne ou hypermoderne...
Ces clivages sont devenus obsolètes, les enjeux sont aujourd'hui ailleurs : dans les grandes transitions.

Venons-en à la chapelle comme édifice, comme projet.
Depuis la Sainte-Chapelle à Paris, icône du sublime, c'est l'un des exercices préférés des architectes. La page du gothique tournée, le Tempietto de Bramante, au coeur de San Pietro in Montorio, sur les hauteurs de Rome, se distingue par sa subtilité : travail sur la petite échelle, maîtrise des proportions et de l'harmonie, tout est réuni dans cet oratoire de 1502. Contrairement à certaines grandes églises où s'expriment la virtuosité et la performance structurelle, la chapelle se distingue par sa simplicité et son économie de moyens. L'église de la Lumière construite en 1989 par Ando à Ibaraki, au Japon, en reste l'un des plus vibrants exemples, avec sa croix creusée dans le béton pour seule ouverture ; "une lumière flottant dans la pénombre", dira son auteur.

La chapelle a l'art d'établir des liens privilégiés avec le paysage, comme le démontre l'un des chefs-d'oeuvre de Le Corbusier, Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp, véritable icône de la modernité. Récemment, deux ouvrages en Allemagne l'ont magnifiquement confirmé, en toute matérialité : la Bruder-Klaus-Feldkapelle à Wachendorf, que Zumthor a su faire émerger au milieu des champs (cf. couverture), et la Wooden Chapel à Unterliezheim, que Pawson a insérée à l'orée de la forêt.

Tandis que l'architecte suisse a eu recours à la combustion de troncs d'arbre pour sculpter les parois internes de son édifice effilé, l'architecte britannique a conçu son lieu de prière dans un empilement de rondins de bois. Autant d'architectures dans lesquelles la lumière s'ingénie à s'infiltrer.

Mais, souvent, ces chapelles savent se faire oublier car absorbées dans de bien plus grands ensembles.
À Chicago, Mies van der Rohe intègre ainsi une chapelle dans son campus de l'IIT ; à Mexico, Barragán conçoit la chapelle du couvent des Capucines de Tlalpan comme un havre de paix au coeur de la mégalopole latino-américaine. Ou bien encore la chapelle oecuménique tout en bois de Breuer dans l'univers tout béton de sa station de Flaine, dans les Alpes françaises. Et, dans un autre registre, la Rothko Chapel, espace de méditation conçu par Johnson à Houston, déplace le curseur en sacralisant l'art.

La chapelle est même devenue le thème du pavillon du Vatican à la Biennale d'architecture de Venise en 2018. Un pavillon éclaté en une vingtaine de morceaux sur l'île de San Giorgio Maggiore, chacun confié à un architecte différent. Pour sa part, Souto de Moura a répondu avec grand talent d'une manière ambiguë, entre chapelle et tombe. Ce pavillon d'un autre type avait quelque chose d?un parcours sur les traces de la célèbre chapelle de la Forêt, dans le cimetière de Stockholm. Tout autre circuit au Mexique, où la Ruta del Peregrino, 117 kilomètres dans le relief de l'État de Jalisco, a fait l'objet d'une commande architecturale exceptionnelle pour ponctuer le paysage de haltes, autant de séquences fortes.

"À partir des petites expériences on bâtit des cathédrales", disait Orhan Pamuk.

Francis Rambert


Format
165 x 200
Année
2021
Pages
128
Editeur
CITÉ DE L'ARCHITECTURE & DU PATRIMOINE
Auteur(s)
Collectif
  • 12,50 €

Quantité



Catégories : boutique, Revues